[7,5] V. Après avoir, par ces moyens violents, rassemblé bientôt une armée, il (Vercingétorix) en envoie une partie chez les Ruthènes, sous les ordres de Luctère, du pays des Cadurkes, et lui-même va chez les Bituriges. A son approche, ceux-ci députent vers les Edues dont ils étaient les clients, et leur demandent des secours pour mieux résister aux forces de l’ennemi. Les Edues, de l’avis des lieutenants que César avait laissés à l’armée, leur envoient de l’infanterie et de la cavalerie. Arrivées au Liger qui sépare les Bituriges des Edues, ces troupes s’y arrêtèrent quelques jours et revinrent sans avoir osé la passer. Les chefs dirent à nos lieutenants qu’ils étaient revenus sur leurs pas, craignant une perfidie de la part des Bituriges dont ils avaient appris que le dessein était, s’ils passaient le fleuve, de tomber sur eux d’un côté, tandis que les Arvernes les attaqueraient de l’autre. Est-ce par le motif allégué aux lieutenants ou par trahison que les Édues en agirent ainsi? c’est ce qu’on ne peut décider, n’y ayant rien de positif à cet égard. Après leur départ, les Bituriges se rejoignirent aux Arvernes.

 Le Liger est la frontière entre les Bituriges et les Eduens

[7,11] XI. Le lendemain, étant arrivé à Vellaunodunum, ville des Sénons, et ne voulant pas laisser d’ennemi derrière lui pour que les vivres circulassent librement, il résolut d’en faire le siège, et en acheva la circonvallation en deux jours. Le troisième jour, la ville envoya des députés pour se rendre; et il fut ordonné aux assiégés d’apporter leurs armes, de livrer leurs chevaux et de donner six cents otages. César laisse, pour faire exécuter le traité, le lieutenant C- Trebonius; et, sans perdre de temps, il marche sur Genabum, ville des Carnutes, qui tout récemment instruits du siège de Vellaunodunum, et croyant qu’il durerait plus longtemps, rassemblaient des troupes qu’ils devaient envoyer au secours de la première ville. César y arrive le second jour, et établit son camp devant la place; mais l’approche de la nuit le force de remettre l’attaque au lendemain : il ordonne aux soldats de tenir prêt tout ce qu’il faut en pareil cas; et, comme la ville de Genabum avait un pont sur le Liger, dans la crainte que les habitants ne s’échappent la nuit, il fait veiller deux légions sous les armes. Un peu avant minuit les assiégés sortent en silence, et commencent à passer le fleuve. César, averti par les éclaireurs, met le feu aux portes, fait entrer les légions qui avaient reçu l’ordre d’être prêtes, et s’empare de la place. Très peu d’ennemis échappèrent; presque tous furent pris, parce que le peu de largeur du pont et des issues arrêta la multitude dans sa fuite. César pille et brûle la ville, abandonne le butin aux soldats, fait passer Le Liger à l’armée, et arrive sur le territoire des Bituriges.

À Cénabum César traverse le Liger

[7,55] LV. Noviodunum (Marzy), ville des Éduens, était située sur les bords du Liger, dans une position avantageuse. César y tenait rassemblés tous les otages de la Gaule, les subsistances, les deniers publics, une grande partie de ses équipages et de ceux de l’armée; il y avait envoyé un grand nombre de chevaux, achetés, pour les besoins de cette guerre, en Italie et en Espagne. En y arrivant, Éporédorix et Viridomar apprirent où en étaient les choses dans leur pays; que Litavic avait été reçu par les Édues, dans Bibracte (Autun), ville de la plus grande influence; que le premier magistrat, Convictolitan, et une grande partie du sénat s’étaient rendus près de lui; qu’on avait ouvertement envoyé des ambassadeurs à Vercingétorix, pour faire avec lui un traité de paix et d’alliance. Ils ne voulurent pas laisser échapper une occasion si favorable. Ils massacrèrent la garde laissée à Noviodunum, les marchands et les voyageurs qui s’y trouvaient, partagèrent entre eux l’argent et les chevaux, et firent conduire dans Bibracte, à Convictolitan, les otages des cités; puis, jugeant qu’ils étaient hors d’état de garder la ville, ils la brûlèrent, afin qu’elle ne servit pas aux Romains, emportèrent sur des bateaux autant de blé que le moment le permettait, et jetèrent le reste dans la rivière ou dans le feu. Ensuite, levant des troupes dans les pays voisins, ils placèrent des postes et des détachements le long du Liger, et firent en tout lieu parade de leur cavalerie, pour répandre la terreur et pour essayer de chasser les Romains de la contrée par la disette, en leur coupant les vivres, espoir d’autant mieux fondé que le Liger, alors enflée par la fonte des neiges, ne paraissait guéable en aucun endroit.

 

 Noviodunum sur le bord du Liger

[7,56] LVI. Instruit de tous ces mouvements, César crut devoir hâter sa marche; il voulait, au besoin, essayer de jeter des ponts, combattre avant que l’ennemi eût assemblé de plus grandes forces; car changer de plan et rétrograder sur la province, était un parti que la crainte même ne l’eût pas forcé de prendre, soit parce qu’il sentait la honte et l’indignité de cette mesure, à laquelle s’opposaient d’ailleurs les Cévennes et la difficulté des chemins, soit surtout parce qu’il craignait vivement pour Labiénus, dont il était séparé, et pour les légions parties sous ses ordres. Forçant donc sa marche de jour et de nuit, il arriva, contre l’attente générale, sur les bords du Liger; la cavalerie ayant trouvé un gué assez commode eu égard aux circonstances (on y avait seulement hors de l’eau les épaules et les bras pour soutenir les armes), il la disposa de manière à rompre le courant, et l’armée passa sans perte à la vue des ennemis soudainement effrayés. Les troupes s’approvisionnèrent, de bétail et de blé, dont on trouva les champs couverts, et l’on se dirigea vers les Sénons.

César quitte Gergovie.

[7,59] LIX. Déjà le bruit courait que César avait quitté le siège de Gergovie; déjà circulait la nouvelle de la défection des Édues et des succès obtenus par la Gaule soulevée. Les Gaulois affirmaient, dans leurs entretiens, que César, à qui l’on avait coupé sa route et tout accès au Liger, avait été, faute de vivres, forcé de se retirer vers la province romaine. De leur côté, les Bellovakes, instruits de la défection des Édues, et déjà assez disposés à se soulever, se mirent à lever des trouves et à préparer ouvertement la guerre.

Labiénus, au milieu de si grands changements, sentit qu’il fallait adopter un tout autre système que celui qu’il avait jusque-là suivi; il ne songea plus à faire des conquêtes ni à harceler l’ennemi, mais à ramener l’armée sans perte à Agendicum. Car d’un côté, il était menacé par les Bellovakes, peuple jouissant dans la Gaule d’une haute réputation de valeur; de l’autre, Camulogène, maître du pays, avait une armée toute formée et en état de combattre; enfin un grand fleuve séparait les légions de leurs bagages et de la garnison qui les gardait. Il ne voyait contre de si grandes et si subites difficultés d’autre ressource que son courage.

La rumeur chez les Gaulois.

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