© Sur les traces de César

Années – 53 & -52

Livre VII : chapitre 8.

– 53 : César traverse les Cévennes et débouche chez les Arvernes.

Traduction : L.-A. Constans, 1926 :  “La guerre des Gaules”

 

 Chapitre 8 : Après avoir pris ces dispositions, comme déjà Luctérios arrêtait son mouvement et même reculait, parce qu’il trouvait dangereux de s’aventurer au milieu de nos détachements, César part chez les Helviens. Les Cévennes, qui forment barrière entre les Helviens et les Arvernes, étaient en cette saison, à l’époque la plus rude de l’année, couvertes d’une neige très haute qui interdisait le passage, néanmoins, les soldats fendent et écartent la neige sur une profondeur de six pieds, et, le chemin ainsi frayé au prix des plus grandes fatigues pour les hommes, on débouche dans le pays des Arvernes.

     Cette arrivée inattendue les frappe de stupeur, car ils se croyaient protégés par les Cévennes comme par un rempart et jamais, à cette époque de l’année, on n’avait vu personne, fût-ce un voyageur isolé, pouvoir en pratiquer les sentiers ; alors César ordonne à ses cavaliers de rayonner le plus loin possible en terrorisant l’ennemi le plus qu’ils peuvent. Rapidement, par la rumeur publique, par des messagers, Vercingétorix apprend ce qui se passe ; tous les Arvernes, au comble de l’émotion, l’entourent, le pressent qu’il pense à défendre leurs biens, qu’il ne laisse pas l’ennemi les piller entièrement, surtout quand – il le voyait bien – tout le poids de la guerre était pour eux. Cédant à leurs prières, il lève le camp et quitte le pays des Bituriges pour se rendre chez les Arvernes. 

Ce qu’il faut retenir dans ce chapitre N°8.

Le compte rendu de ce chapitre 8 sera plus long que le chapitre lui-même, mais chaque détail est important et doit être analysé précisément. Souvent la compréhension d’une phrase ou d’un mot  trouve son explication dans les chapitres suivants ou précédents.

 

  1. “Le calme est revenu autour de la Narbonnaise. Le dispositif de défense installé par César a été efficace car Luctérios recule.
  2. César est rassuré, il part chez les Helviens (Vivarais) où ses légions ont été envoyés. (Chapitre N°7) “César ordonne qu’une partie des troupes de la province et les renforts qu’il a amenés d’Italie se concentrent chez les Helviens, qui touchent aux Arvernes.”
  3. César va traverser les Cévennes au plus fort de l’hiver. Nous devons donc être fin décembre -53, certainement au moment du solstice d’un hiver très rude. Il faut passer des congères de 1,8m. S’il a choisi cette période enneigée, c’est pour éviter que les Gaulois ne soit prévenus de son arrivée grâce à leur système de communication qu’il a déjà estimé “être très efficace” au chapitre N°3 il écrit que : « ce qui s’était passé à Cenabum au lever du jour fut connu avant la fin de la première veille chez les Arvernes, à une distance d’environ cent soixante milles » environ 300 km en 50 h. ⇒ 6 km par heure jour et nuit.
  4. En passant un col des Cévennes, mais lequel ? César débouche chez les Arvernes. En aucun moment de ce chapitre il ne parle de Gergovie ni d’aucune autre cité des Arvernes. Pourtant César n’a pas fait faire cet effort surhumain à ses troupes pour attaquer des campagnes désertiques. Les Arvernes sont surpris par cette expédition qui se révèlera punitive en conséquence des massacres des Romains à Cenabum (chapitre 3).
  5. Le camp de césar ne doit pas être très loin de la limite Helviens / Arvernes. – Chapitre 8, il écrit « César débouche dans le pays des Arvernes ». – Chapitre 9, il écrit : « Mais César ne resta que deux jours sur place » César demande à sa cavalerie de massacrer des Arvernes le plus possible et le plus loin possible à partir de son camp de base. L’infanterie n’est pas impliquée dans ces massacres, elle a dû être stationnée dans un camp de base derrière cette frontière Helviens / Arvernes délimitée par la ligne de partage des eaux : Méditerranée / océan.
  6. Les Gaulois sont surpris par cette incursion. Cependant, ce n’est que par des moyens pas très louables que César a dû apprendre par quelques prisonniers que Vercingétorix est à Avaricum (Bourges). Comment est-ce que des Gaulois habitants près des Cévennes aient pu être au courant que Vercingétorix était à Avaricum ? (400km). Un début de réponse au chapitre suivant.
  7. Le but de ces massacres est d’attirer Vercingétorix là où César perpétue ses massacres de la population Arverne.
  8. Vercingétorix quitte le pays des Bituriges pour se rendre là où César massacre des Arvernes : c’est à dire proche de cette frontière Helviens / Arvernes sans que pour le moment on ne puisse connaitre l’endroit précis de son passage sur un axe Nord / Sud de la crête des Cévennes.
  9. Cette information sur le retour d’Avaricum de Vercingétorix n’a pu que lui être rapportée par Brutus. En effet, César traverse les Cévennes débouche chez les Arvernes et au chapitre 9 il est écrit : « Mais César ne resta que deux jours sur place ». En deux jour, c’est impossible que la nouvelle des massacres arrive aux oreilles de Vercingétorix et que l’information de son retour arrive aux oreilles de César. C’est certainement le jeune Brutus resté sur place qui a informé César car : chapitre 9. « Mais César ne resta que deux jours sur place », «César quitte l’armée, laissant le commandement des troupes au jeune Brutus », « César se dirige à marches forcées vers Vienne ». Brutus continu ces massacres même après le départ de César.

« Les Cévennes ».

 Chaine de montagne entre Narbonne et Vienne.

Aujourd’hui, le nom Cévennes correspond à une région qui se cantonne autour du département du Gard. Mais est-ce que c’était le cas à l’époque de Jules César. On va le vérifier avec des informations contemporaines à son époque. Mais d’autres indices toponymiques vont confirmer ces informations d’un autre âge.

Strabon livre IV chapitre 1

 Quant au mont Cemmène, il s’avance perpendiculairement aux Pyrénées, à travers les plaines de la Gaule, et vient s’arrêter juste au centre du pays, c’est-à-dire dans les environs de Lugdunum, après un parcours de 2000 stades environ.

Cette mesure « 2000 stades » est arrondie. Le stade mesure 184 m. donc 2000 stades x 184m = 368 km  pour 388 km mesuré par Géoportail entre Narbonne et Vienne. Le mode vélo est activé, il évite les Autoroutes et les cols. Le trajet en bleu suit les plaines de la Gaule. Si la mesure donnée par Strabon est bien entre ces deux villes, la précision de ses informations sont remarquables.

 

La ligne de partage des eaux.

 La ligne de partage des eaux suit les axes des massifs, du Pilat, du Meygal, du Mézenc et de l’Aigoual.  Elle est grossièrement dessinée en pointillés rouge. Les Cévennes de Strabon et de César étaient à cette époque entre le Rhône et cette ligne rouge.

Culture et toponymes “Cévenols” entre Mézenc et Pilat.

La ville de Vienne est au pied du massif du Pilat côté Nord. Des traces du toponyme « Cévennes » sont encore présente dans la culture et la géographie sur tout le versant Rhodanien de cette chaine de montagne. Elle sépare les bassins fluviaux méditerranéens et Atlantique. Voici quelques exemples parmi des centaines d’autres entre Mézenc et Pilat très faciles à vérifier sur internet.

  • Village « Cévennes » sur la commune de Roisey dans le Pilat. (carte ci dessous)
  • La « Clinique Cévenole » à Annonay au pied du Pilat.
  • Le tristement célèbre collège Cévenole au Chambon sur Lignon.
  • Rue des Cévennes à Tournon.
  • Restaurant à Tence : « Porte des Cévennes »
  • Mont Mézenc est aussi appelé « Le roi des Cévennes »

A l’Ouest, juste derrière cette ligne de crête, C’est-à-dire en Auvergne, on trouve cette fois que des toponymes Velay ou Arverne.

Au Nord de la future ville de Vienne Il n’y a plus de référence culturelle aux Cévennes. Elles sont toutes à l’Est de la ligne de partage des eaux des Cévennes. A l’Ouest c’est le Velay des Auvergnats. Exemples : St Didier en Velay, Montfaucon en Velay, Arsac en Velay….

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