© Sur les traces de César

Années – 53 & -52

Livre VII : chapitre 5.

– 53 : Vercingetorix piège les Bituriges.

Traduction : L.-A. Constans, 1926 :  “La guerre des Gaules” 

Pour arriver à suivre la route de César en Gaule en -52, il est important de nommer les fleuves comme ils l’étaient à cette époque. La version latine en ligne parle du Liger qui sépare les Eduens des Bituriges. Aujourd’hui encore, les habitants de ces bords de Loire au dessus du bec d’Allier se nomment “Les Ligériens”

L.A Constans

5. Ayant, par de telles cruautés, rassemblé en peu de temps une armée, il envoie chez les Rutènes, avec une partie des troupes, le Cadurque Luctériosi, homme d’une rare intrépidité, et part lui-même chez les Bituriges. Ceux-ci, à son arrivée, envoient une ambassade aux Héduens, dont ils étaient les clients, pour leur demander de les aider à soutenir l’attaque des ennemis. Les Héduens, sur l’avis des légats que César avait laissés à l’armée, envoient au secours des Bituriges des cavaliers et des fantassins. Quand ceux-ci eurent atteint la Loire (Le Liger), qui sépare les deux peuples, ils s’arrêtèrent, et, au bout de peu de jours, ils s’en retournent sans avoir osé franchir le fleuve ; ils rapportent à nos légats que s’ils ont fait demi-tour, c’est qu’ils craignaient la perfidie des Bituriges, car ils ont appris que leur intention était de les envelopper, eux d’un côté, les Arvernes de l’autre, au cas où ils auraient passé le fleuve (Le Liger) . Agirent-ils ainsi pour le motif qu’ils déclarèrent aux légats, ou obéissaient-ils à des pensées de trahison ? N’ayant là-dessus aucune certitude, nous ne croyons pas devoir rien affirmer. Les voyant s’en aller, les Bituriges s’empressent de se joindre aux Arvernes.

Un exemple parmis des milliers qui confirme que les habitants de cette partie Nord de la Loire sont des “Ligériens”

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Du texte à l’hypertexte

[7,5] His suppliciis celeriter coacto exercitu Lucterium Cadurcum, summae hominem audaciae, cum partecopiarum in Rutenos mittit; ipse in Bituriges proficiscitur. Eius aduentu Bituriges ad Aeduos, quorum erant infide, legatos mittunt subsidium rogatum, quo facilius hostium copias sustinere possint. Aedui de consiliolegatorum, quos Caesar ad exercitum reliquerat, copias equitatus peditatusque subsidio Biturigibus mittunt. Qui cum ad flumen Ligerim uenissent, quod Bituriges ab Aeduis diuidit,

[7,5] V. Après avoir, par ces moyens violents, rassemblé bientôt une armée, il en envoie une partie chez les Ruthènes, sous les ordres de Luctère, du pays des Cadurkes, et lui-même va chez les Bituriges. A son approche, ceux-ci députent vers les Edues dont ils étaient les clients, et leur demandent des secours pour mieux résister aux forces de l’ennemi. Les Edues, de l’avis des lieutenants que César avait laissés à l’armée, leur envoient de l’infanterie et de la cavalerie. Arrivées à la Loire qui sépare les Bituriges des Edues, ces troupes s’y arrêtèrent quelques jours et revinrent sans avoir osé la passer. Les chefs dirent à nos lieutenants qu’ils étaient revenus sur leurs pas, craignant une perfidie de la part des Bituriges dont ils avaient appris que le dessein était, s’ils passaient le fleuve, de tomber sur eux d’un côté, tandis que les Arvernes les attaqueraient de l’autre. Est-ce par le motif allégué aux lieutenants ou par trahison que les Édues en agirent ainsi? c’est ce qu’on ne peut décider, n’y ayant rien de positif à cet égard. Après leur départ, les Bituriges se rejoignirent aux Arvernes.

Ce qu’il faut retenir dans ce chapitre N°5.

Vercingétorix envoie Luctérios le Cadurque (Cahors) et ses troupes chez les Bituriges (Bourges). Surpris par cette arrivée inattendue et en tant qu’Eduens, ils envoient une ambassade pour un appel au secours chez des Romains cantonnés sans doute à Bibracte . Depuis Bibracte, des fantassins et cavaliers Romains partent à l’Ouest pour remplir cette mission. Arrivés sur les bords du Liger (Loire) ils se cantonnent sur la rive droite du fleuve frontière entre les deux peuples. Devinant des Gaulois très nombreux sur l’autre rive, Les romains flairent le piège. S’ils traversent le fleuve, ils seront bloqués sur la rive gauche et seront écrasés par une multitude. Les romains ne le traversent pas et retournent chez leurs Légats. Ils leur expliquent la situation constatée sur place. Les Bituriges et Luctérios voient les Romains partir. Ils prennent ce repli pour de la lâcheté et les Bituriges se rallient définitivement aux Arvernes.

 

C’était un piège tendu aux Bituriges.

Ce n’est pas Vercingétorix qui est allé chez les Bituriges. C’est Luctérios et son armée envoyés par Vercingétorix qui rentrent dans Avaricum. Conscient de la rébellion en cours et en tant que clients des Eduens, ils n’auraient pas laissé passer Vercingétorix.

Les Bituriges sont clients des  Eduens dont les peuples sont alliés aux Romains. Au moment où Luctérios et son armée rentrent dans Avaricum, ces tribus Gauloises ne sont pas ennemies. Les Bituriges ont dû demander du secours aux Romains mais c’était trop tard. Une fois que Luctérios et son armée sont à l’intérieur de la ville Est-ce que les Bituriges ont le choix de rester fidèle aux Eduens ? NON

Les alliances des peuples de la Gaule étaient scellées depuis longtemps. On ne voit pas pourquoi est-ce que les Bituriges sous la tutelle des Eduens se seraient subitement ralliés aux Arvernes si ce n’est sous la pression de l’armée de Luctérios stationnée à l’intérieur de la ville. Donc l’hypothèse retenue est : Les Bituriges se sont ralliés aux Arvernes sous la contrainte militaire. Ils vont sceller cette alliance par une demie victoire sur les Romains en les empêchant de traverser le Liger (La Loire).

 

Carte des mouvements de troupes.

 

  1. Luctérios et ses Cadurques se rendent chez les Bituriges (Bourges) alliés des Eduens donc des Romains.
  2. Les Bituriges vont demander de l’aide aux romains cantonnés chez les Eduens sans l’aval de Luctérios.
  3. Luctérios et son armée sont dans Avaricum. Les Bituriges n’ont plus le choix.
  4. Les romains envoient des renforts. Ils arrivent sur le bord de Loire mais ne la traverse pas. Les Bituriges et l’armée de Luctérios sont sur l’autre rive.
  5. Les romains ont compris le piège. S’ils traversent la Loire, ils ne pourront plus reculer. Ils retournent vers Bibracte.
  6. Les Bituriges prennent ceci comme une victoire, ils rentrent à Avaricum (Bourges) et ils s’allient avec les Arvernes.

 

NB : Les habitants des villes sur les bords de Loire, depuis le bec d’Allier jusqu’à son embouchure se nomment encore “Les Ligériens”.

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